Comment rédiger équitable ?

Une femme assise qui a libéré les oiseaux en papier de leur cageC’est fini, la femme n’est plus tenue de passer de la maison du père à celle du mari. Elle peut travailler, décider d’avoir des enfants, elle peut même se marier avec une femme si ça lui chante. Nous avons progressé. Le problème : notre langage ne reflète pas cette évolution. Certaines règles de grammaire expriment encore la domination des hommes sur les femmes ; les noms de fonctions prestigieuses n’existent pas tous au féminin. L’idée de la rédaction non sexiste : parvenir à une représentation équitable des hommes et des femmes dans le langage. Peut-on écrire de manière égalitaire sans alourdir la langue ? Comment la « désexiser » ou adopter des principes de rédaction non sexiste ?

Vers une langue illisible ?

Les détracteurs de la rédaction non sexiste courent les rues. L’une des critiques adressées à celle-ci : les textes sont typographiquement illisibles quand on n’en a pas l’habitude. Des exemples de formes rédactionnelles critiquées ?

« Les étudiant.e.s sont venu.e.s nombreux.ses. »
« Les acteurs-trices étaient vêtu.e.s de blanc. »
« Parmis les chanteureuses, celleux qui sont intéréssé.e.s sont prié.e.s de se manifester. »

Ce genre de solutions rend effectivement la lecture désagréable. Elles sont en plus difficiles à appliquer oralement.
L’argument de l’habitude est en revanche irrecevable. Tout changement déconcerte et va à l’encontre des mœurs. Chaque évolution dans l’histoire des droits humains correspond à la décision de refuser une habitude devenue obsolète. Lutter contre le sexisme dans le langage demande donc un effort. Jusqu’à ce que l’effort devienne lui-même une habitude.

À quoi ça ressemble ?

La rédaction non sexiste poursuit deux objectifs. D’abord, la féminisation des titres, des grades, des noms de métiers et de fonctions. Ensuite, balayer l’idée que le genre masculin générique l’emporte sur le féminin. Comment mettre cela en pratique ? Dans certains pays francophones, des délégations travaillent constamment à l’amélioration du français équitable. Il existe d’excellents guides de rédaction non sexiste réalisés au Canada, en Belgique ou en Suisse. L’Office des Affaires francophones de l’Ontario propose par exemple de consulter en ligne À juste titre, Guide de rédaction non sexiste. Plus court, la Commission consultative communale Femmes et Ville de Liège propose son travail Vers une rédaction non sexiste simplifiée – pour mettre le pied à l’étrier. Voici quelques principes proposés :

    • Utiliser des termes génériques

La réunion des employés a eu lieu. > La réunion du personnel a eu lieu.
Les policiers enquêtent. > La police enquête.
Les étudiants et les étudiantes > La population étudiante
Le directeur > La direction

    • Employer des tournures neutres

Vous êtes invité.e. > Nous vous invitons.
Chacun des membres doit se présenter. > Chaque membre doit se présenter.
Vous devez être clairvoyants. > Vous devez faire preuve de clairvoyance.
Seul les candidats et les candidates retenu.e.s > Seules les personnes retenues

    • Appliquer la règle de proximité. On accorde l’adjectif avec le nom le plus proche, le verbe avec le plus proche de ses sujets.

Les chanteurs et les chanteuses sélectionnées
Les chanteuses et les chanteurs sélectionnés
Les chanteurs et les chanteuses sont venues.
Les chanteuses et les chanteurs sont venus.

    • Féminiser les noms de fonction. Secrétaire, caissière et infirmière existent. Pourquoi pas les autres ?

L’écrivain > L’écrivaine
Un fournisseur > Une fournisseuse
Les présidents > Les présidentes

Le mot de la fin

Ôter son sexisme à la langue française est une idée récente. Les premiers guides fleurissent au Québec dans les années 1980. On ne réinvente pas une langue en un clin d’œil ; cela demande de la patience et des expériences. Certains procédés de rédaction épicène alourdissent effectivement le français. Ils sont à proscrire, particulièrement dans les métiers de la rédaction qui exigent une écriture impeccable. D’autres promettent en revanche un bel avenir à une langue qui aura eu le courage de rendre sa place au féminin.

Faut-il écrire au féminin ? Fin de la trilogie.

Illustration : Création pour Les Poupées – Modèle : Léa Manon – Scénographie : Mlle Terite – Make-up artist : Justine Jermer – Hair : Sarah Trahoui – Style : Johanna Benedetti © Oram S. Dannreuther Photography

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